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Engagé dans une compagnie de marine partie faire la guerre aux Iroquois du Canada, La Hontan, en esprit libre, se révolte contre ses obligations et se montre admiratif des Hurons et des Algonquins dont il apprend la langue. Il dénonce dans ses Dialogues avec un sauvage, la colonisation et fait l’éloge de ces peuples qui semblent restés plus près de la nature. Il reprend donc le mythe du bon sauvage de Montaigne et annonce les thèses de Voltaire. Les Dialogues suivent le principe de l’échange philosophique entre un Européen, l’auteur lui-même et Adario, un Huron, afin de porter un regard critique sur la société du XVIIIe siècle.

Dans cet entretien qui oppose les thèses des Jésuites que reprend La Hontan et celle d’Adario, un Indien du Canada, l’auteur fait entendre son opinion qui rejoint en réalité celle du Huron. Le point de vue du prétendu sauvage permet de montrer les erreurs des contemporains de La Hontan sur leur conception du bien et du mal.


Quel portrait du Huron est donné par la peinture du XVIIIe siècle ? Consultez, pour le savoir, les pages de la BNF consacrées aux expéditions au siècle des Lumières et particulièrement la diapositive 5 : http://classes.bnf.fr/essentiels/albums/voyage/
Pour découvrir le texte originel sur Gallica : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k82269m/f54.image

Une Tortue était, à la tête légère,
Qui, lasse de son trou, voulut voir le pays,
Volontiers on fait cas d'une terre étrangère :
Volontiers gens boiteux haïssent le logis.
Deux Canards à qui la commère
Communiqua ce beau dessein,
Lui dirent qu'ils avaient de quoi la satisfaire :
Voyez- vous ce large chemin ?
Nous vous voiturerons, par l'air, en Amérique,
Vous verrez mainte République,
Maint Royaume , maint peuple , et vous profiterez
Des différentes moeurs que vous remarquerez.
Ulysse en fit autant. On ne s'attendait guère
De voir Ulysse en cette affaire.
La Tortue écouta la proposition.
Marché fait, les oiseaux forgent une machine
Pour transporter la pèlerine.
Dans la gueule en travers on lui passe un bâton.
Serrez bien , dirent- ils ; gardez de lâcher prise.
Puis chaque Canard prend ce bâton par un bout.
La Tortue enlevée on s'étonne partout
De voir aller en cette guise
L'animal lent et sa maison,
Justement au milieu de l'un et l'autre Oison.
Miracle, criait- on. Venez voir dans les nues
Passer la Reine des Tortues.
- La Reine. Vraiment oui. Je la suis en effet ;
Ne vous en moquez point. Elle eût beaucoup mieux fait
De passer son chemin sans dire aucune chose ;
Car lâchant le bâton en desserrant les dents,
Elle tombe, elle crève aux pieds des regardants.
Son indiscrétion de sa perte fut cause.
Imprudence, babil, et sotte vanité,
Et vaine curiosité,
Ont ensemble étroit parentage.
Ce sont enfants tous d'un lignage.

La Hontan (Baron de)
Dialogues avec un sauvage, Dialogue I, « Des lois » [L’homme est un castor]
1703