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Marqué initialement par le symbolisme, Apollinaire gagne le mouvement des surréalistes et devient l’ami des peintres de l’avant-garde comme Braque ou Picasso. Précepteur en Allemagne, il est fasciné par les légendes allemandes qui lui permettent de lier mythe et réalité dans les contes, poèmes et articles qu’il publie dans la Revue blanche.

Publié d’abord dans la revue qu’a créée Apollinaire, le Festin d’Ésope, pour intégrer par la suite le recueil Alcools, le poème s’est vu retirer toute marque de ponctuation, ce qui engendre la polyphonie des voix narratives. Les paroles des villageoises réunies dans la maison du vigneron pour coudre par un après-midi d’hiver se mêlent en effet à celle du poète. Le poème est composé comme une scène de genre mais la gravité s’insinue derrière le commérage des femmes par l’annonce de la mort du sacristain. Le prosaïsme souligné par les italiques rend compte du quotidien paisible et rassurant des villageoises tandis que l’alexandrin évoque la mélancolie et l’irruption du tragique.


Texte : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1083760/f131.vertical

1
Mon verre est plein d'un vin trembleur comme une flamme
 
Écoutez la chanson lente d'un batelier
 
Qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes
 
Tordre leurs cheveux verts et longs jusqu'à leurs pieds

1
Debout chantez plus haut en dansant une ronde
 
Que je n'entende plus le chant du batelier
 
Et mettez près de moi toutes les filles blondes
 
Au regard immobile aux nattes repliées

1
Le Rhin le Rhin est ivre où les vignes se mirent
 
Tout l'or des nuits tombe en tremblant s'y refléter
 
La voix chante toujours à en râle-mourir
 
Ces fées aux cheveux verts qui incantent l'été

1
Mon verre s'est brisé comme un éclat de rire


Guillaume Apollinaire
Alcools, Rhénanes, « Les Femmes » 
1913