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Attiré très tôt par la poésie, La Fontaine décide d’en faire son métier au détriment de ses études d’avocat. Il s’inspire principalement pour les fables qu’il compose à l’intention du jeune dauphin, Louis XIV, des textes d’Esope, Phèdre et de Pilpay, qu’il enrichit de considérations sur son siècle. Son ambition est de créer une galerie de saynètes permettant d’illustrer le comportement de ses contemporains ; le genre de la fable et les allégories lui évitent la censure royale. Pourtant, la critique est partout : celle de l’Homme et du courtisan qui entretiennent vanités et ambitions mais également celle d’un monarque puissant auquel le poète n’a pas toujours eu le bonheur de plaire. Par le récit animé et la morale qui le suit, l’apologue réalise ainsi sa visée qui est de « plaire et d’instruire. » (VI, 1)

Les livres VII à XI des fables écrites par La Fontaine sont regroupés dans un second recueil que le poète présente au public dans un avertissement où il souligne qu’il a « cherché d’autres enrichissements, et étendu davantage les circonstances de [ses] récits » dans ce nouvel ouvrage. Il a souhaité donner « un air et un tour un peu différent » à ses fables tout en y introduisant « plus de variété ». Dans la fable 2 du livre X, le fabuliste revient sur des défauts qu’il a déjà dénoncés : la « vaine curiosité » et la vanité. Il parvient cependant à renouveler l’intérêt du lecteur par une référence inattendue et héroï-comique à Ulysse…

1
Je vis, je meurs : je me brûle et me noie.
 
J’ai chaud extrême en endurant froidure :
 
La vie m’est et trop molle et trop dure.
 
J’ai grands ennuis entremêlés de joie :

1
Tout à un coup je ris et je larmoie,
 
Et en plaisir maint grief tourment j’endure :
 
Mon bien s’en va, et à jamais il dure :
 
Tout en un coup je sèche et je verdoie.

1
Ainsi Amour inconstamment me mène :
 
Et quand je pense avoir plus de douleur,
 
Sans y penser je me trouve hors de peine.

1
Puis quand je crois ma joie être certaine,
 
Et être au haut de mon désiré heur,
 
Il me remet en mon premier malheur.


Jean de La Fontaine
Fables, Livre X « La Tortue et les deux Canards »
1678