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Jules Verne a écrit environ quatre-vingts romans et on peut le considérer comme le précurseur du genre de la science-fiction. Ses romans d’aventures paraissent visionnaires et envisagent un futur qui pourrait se produire. Il connaît un grand succès avec son premier roman Cinq semaines en ballon. Il a créé une série de romans qu’il a classés dans ses Voyages extraordinaires. Ce livre raconte l'histoire d'un scientifique, le Professeur Lidenbrock, accompagné de son neveu Axel, qui découvrent un mystérieux parchemin signé d'un certain Arne Saknussemm qui devrait les mener jusqu’au centre de la Terre.

Cet extrait se situe au début du roman. Axel, son oncle et Hans ont préparé minutieusement leur périple. L’équipe, qui s’est agrandie d’un guide islandais, entreprend la descente vers l’objectif recherché. Ils ont emprunté les galeries d’une mine désaffectée.


https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8600259v/f15.image

Emma ne dormait pas, elle faisait semblant d'être endormie ; et, tandis qu'il s'assoupissait à ses côtés, elle se réveillait en d'autres rêves.
Au galop de quatre chevaux, elle était emportée depuis huit jours vers un pays nouveau, d'où ils ne reviendraient plus. Ils allaient, ils allaient, les bras enlacés, sans parler. Souvent, du haut d'une montagne, ils apercevaient tout à coup quelque cité splendide avec des dômes, des ponts, des navires, des forêts de citronniers et des cathédrales de marbre blanc, dont les clochers aigus portaient des nids de cigognes. On marchait au pas, à cause des grandes dalles, et il y avait par terre des bouquets de fleurs que vous offraient des femmes habillées en corset rouge. On entendait sonner des cloches, hennir les mulets, avec le murmure des guitares et le bruit des fontaines, dont la vapeur s'envolant rafraîchissait des tas de fruits, disposés en pyramide au pied des statues pâles, qui souriaient sous les jets d'eau. Et puis ils arrivaient, un soir, dans un village de pêcheurs, où des filets bruns séchaient au vent, le long de la falaise et des cabanes. C'est là qu'ils s'arrêteraient pour vivre ; ils habiteraient une maison basse, à toit plat, ombragée d'un palmier, au fond d'un golfe, au bord de la mer. Ils se promèneraient en gondole, ils se balanceraient en hamac ; et leur existence serait facile et large comme leurs vêtements de soie, toute chaude et étoilée comme les nuits douces qu'ils contempleraient. Cependant, sur l'immensité de cet avenir qu'elle se faisait apparaître, rien de particulier ne surgissait ; les jours, tous magnifiques, se ressemblaient comme des flots ; et cela se balançait à l'horizon, infini, harmonieux, bleuâtre et couvert de soleil. Mais l'enfant se mettait à tousser dans son berceau, ou bien Bovary ronflait plus fort, et Emma ne s'endormait que le matin, quand l'aube blanchissait les carreaux et que déjà le petit Justin, sur la place, ouvrait les auvents de la pharmacie.

Jules Verne
Voyage au centre de la terre, Chapitre XXII (sur XLV) (Descente vers le centre de la terre)
1864