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Paul Éluard participe à la révolution poétique qui anime le début du XXe siècle en intégrant successivement le mouvement dadaïste et le Surréalisme. Dans le recueil du Cours naturel, le poète quitte en partie « l’Amour la Poésie » qui permet de « prendre le large » (Breton, 1929) pour aborder une autre dimension de son œuvre : « la poésie, dit-il, doit avoir pour but la poésie pratique. » (1947) C’est en effet en poète engagé qu’il réagit à l’actualité relativement récente de Guernica. Le refus d’une poésie stéréotypée qui répondrait à des normes calque ce même refus d’une pensée dominatrice et destructrice. Avant Picasso mais comme lui, le poète énonce une critique de la manipulation et de la tyrannie des puissants avec l’espoir que la rébellion de l’homme l’emportera sur sa sujétion.

En 1936, les fascistes espagnols menés par Francisco Franco nient la victoire électorale des républicains et demandent aux nazis d’intervenir : c’est la guerre civile et une étape importante dans la Seconde Guerre Mondiale car les Allemands bombardent une petite ville du pays basque, Guernica, afin de terroriser les populations civiles. La ville, en ce jour de marché, accueille, de surcroît, des réfugiés et ce sont plus de 1600 hommes qui meurent. Ce désastre marque les intellectuels qui réagissent en prenant clairement position dans la guerre civile pour le peuple et le droit.


enregistrements sonores de ces textes (liberté, extraits du cours naturel etc.) http://gallica.bnf.fr/services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&page=1&query=(gal lica%20all%20"Po%C3%A9sies%20Paul%20Eluard")#resultat-id-1

1
Ô beaux cheveux d'argent mignonnement retors !
 
Ô front crêpe et serein ! et vous, face dorée !
 
Ô beaux yeux de cristal ! ô grand bouche honorée,
 
Qui d'un large repli retrousses tes deux bords!

1
Ô belles dents d'ébène ! ô précieux trésors,
 
Qui faites d'un seul ris toute âme enamourée!
 
Ô gorge damasquine en cent plis figurée!
 
Et vous, beaux grands tétins, dignes d'un si beau corps !

1
Ô beaux ongles dorés ! ô main courte et grassette !
 
Ô cuisse délicate ! et vous, jambe grossette,
 
Et ce que je ne puis honnêtement nommer !

1
Ô beau corps transparent ! ô beaux membres de glace !
 
Ô divines beautés ! pardonnez-moi, de grâce,
 
Si, pour être mortel, je ne vous ose aimer.


Paul Éluard
Cours naturel, « La Victoire de Guernica » 
1938