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La pièce est composée de neuf scènes en vers libres, elle reprend la figure de Médée, personnage issu de la mythologie grecque, qui après avoir été abandonnée par Jason pour Créuse, s’est rendu coupable de tuer ses deux enfants Phérès et Merméros en guise de vengeance. Sa rivale succombe également à sa colère. Laurent Gaudé décide de réécrire ce mythe en associant Médée à deux autres grandes figures : Méduse et la déesse hindoue de la préservation et de la destruction, Kali.

Médée est revenue là où ses enfants ont été enterrés, en terre grecque et selon leurs rites funéraires, dans le but de les exhumer et ainsi de parachever sa vengeance. Cette quatrième scène la voit creuser de ses propres mains la terre qui recouvre ses fils, tout en se remémorant ses actes et en annonçant son projet. La voix des enfants ouvre le passage. Médée Kali est seule sur scène.


Laurent Gaudé parle de Médée Kali : http://classiquesetcontemporains.com/interviews/laurent-gaude-parle-de-medee-kali
Présentation de la pièce : https://www.theatre-contemporain.net/video/Medee-Kali-de-Laurent-Gaude-par-la-CompagnieKamma


Horace
Ô ciel ! Qui vit jamais une pareille rage !
Crois-tu donc que je sois insensible à l’outrage,
Que je souffre en mon sang ce mortel déshonneur ?
Aime, aime cette mort qui fait notre bonheur,
Et préfère du moins au souvenir d’un homme
Ce que doit ta naissance aux intérêts de Rome.

Camille
Rome, l’unique objet de mon ressentiment !
Rome, à qui vient ton bras d’immoler mon amant !
Rome qui t’a vu naître, et que ton cœur adore !
Rome enfin que je hais parce qu’elle t’honore !
Puissent tous ses voisins ensemble conjurés
Saper ses fondements encor mal assurés !
Et si ce n’est assez de toute l’Italie,
Que l’Orient contre elle à l’Occident s’allie ;
Que cent peuples unis des bouts de l’univers
Passent pour la détruire et les monts et les mers !
Qu’elle-même sur soi renverse ses murailles,
Et de ses propres mains déchire ses entrailles !
Que le courroux du ciel allumé par mes vœux
Fasse pleuvoir sur elle un déluge de feux !
Puissé-je de mes yeux y voir tomber ce foudre,
Voir ses maisons en cendre, et tes lauriers en poudre,
Voir le dernier Romain à son dernier soupir,
Moi seule en être cause, et mourir de plaisir !

Horace, mettant la main à l’épée, et poursuivant sa sœur qui s’enfuit.
C’est trop, ma patience à la raison fait place ;
Va dedans les Enfers plaindre ton Curiace !

Camille, blessée derrière le théâtre.
Ah ! Traître !

Horace, revenant sur le théâtre.
Ainsi reçoive un châtiment soudain
Quiconque ose pleurer un ennemi romain !

Laurent Gaudé
Médée Kali, Scène IV. (Le bûcher)
2003