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Arthur Rimbaud (1854-1891) est un poète qui a révolutionné l’écriture et la vision du monde par ses textes ambitieux et souvent provocateurs. Il compose, à seize ans, une série de poèmes lors de ses fugues de 1870. Réunis en deux liasses manuscrites (15 puis 7 poèmes), ces textes — souvent appelés « Cahiers de Douai » ou « recueil Demeny » — sont confiés à Paul Demeny dans l’espoir d’être édités. Il est composé de 22 poèmes réunis en deux parties.

Ce sonnet d’alexandrins est le dernier poème du recueil, le septième du deuxième cahier.


pour prolonger la vision picturale du poème, un tableau de Watteau symbolisant la jeunesse mélancolique https://www.louvre.fr/expositions-et-evenements/evenements-activites/presentation-de-l-exposition-revoir-watteau-un-comedien-sans-replique-pierrot-dit-le-gilles
une interprétation musicale afin de mettre le poète en valeur https://edutheque.philharmoniedeparis.fr/edutheque/doc/CIMU/1102579/rimbaud-gedicht-extrait-de-hollywood-liedbuch-no-47
documentaire sur la vie de Rimbaud https://www.arte.tv/fr/videos/120468-000-A/arthur-rimbaud-six-mois-en-enfer/

1
(Fantaisie)

2
Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ;
 
Mon paletot aussi devenait idéal ;
 
J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ;
 
Oh ! là ! là ! que d’amours splendides j’ai rêvées !

6
Mon unique culotte avait un large trou.
 
– Petit-Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course
 
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
 
– Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou

10
Et je les écoutais, assis au bord des routes,
 
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
 
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;

13
Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
 
Comme des lyres, je tirais les élastiques
 
De mes souliers blessés, un pied près de mon cœur !


Arthur Rimbaud
Les Cahiers de Douai , in Deuxième Cahier « Ma Bohème »
1870