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Madame Bovary est un roman de Gustave Flaubert. L’auteur y raconte la vie de Charles Bovary, médecin de campagne qui perd sa première femme et s’éprend d’Emma Rouault dont il soigne le père, un gros fermier normand qui a fait éduquer Emma au couvent. Charles et Emma se marient et le roman adopte alors le point de vue de la jeune femme, vite déçue par la platitude de sa vie et de son mari… Roman de l’ennui, de la désillusion et de la médiocrité, Madame Bovary renvoie un reflet réaliste de la province française au XIXème siècle et de la condition féminine à la même époque. Flaubert rencontrera à la fois le succès et le scandale avec ce roman. En 1857, le livre est condamné pour « délit d’outrage à la morale publique et religieuse et aux bonnes mœurs ». On reproche à Flaubert de ne pas condamner son héroïne mal mariée pour les infidélités auxquelles elle se livre… Ce roman n’est pas moral.

Cet extrait du chapitre VII nous permet de suivre Emma dans une de ses promenades. Depuis son mariage, elle s’est installée à Tostes, petite ville de province, avec son mari. Pendant que Charles travaille toute la journée, Emma reste seule et s’ennuie. Flaubert décrit un quotidien prosaïque et répétitif dans lequel Charles trouve sa place alors qu’Emma sombre dans la mélancolie et se réfugie dans les rêveries romantiques qu’elle partageait avec ses camarades du couvent.


Texte : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8619658w/f73.vertical
Gravure : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15128550/f215.item.r=madame%20bovary

L’Ingénu débarque en pot de chambre dans la cour des cuisines. Il demande aux porteurs de chaise à quelle heure on peut voir le roi. Les porteurs lui rient au nez, tout comme avait fait l’amiral anglais. Il les traita de même, il les battit ; ils voulurent le lui rendre, et la scène allait être sanglante s’il n’eût passé un garde du corps, gentilhomme breton, qui écarta la canaille. « Monsieur, lui dit le voyageur, vous me paraissez un brave homme ; je suis le neveu de M. le prieur de Notre-Dame de la Montagne ; j’ai tué des Anglais, je viens parler au roi : je vous prie de me mener dans sa chambre. » Le garde, ravi de trouver un brave de sa province, qui ne paraissait pas au fait des usages de la cour, lui apprit qu’on ne parlait pas ainsi au roi, et qu’il fallait être présenté par Mgr de Louvois. « Eh bien ! menez-moi donc chez ce Mgr de Louvois, qui sans doute me conduira chez Sa Majesté. — Il est encore plus difficile, répliqua le garde, de parler à Mgr de Louvois qu’à Sa Majesté. Mais je vais vous conduire chez M. Alexandre, le premier commis de la guerre : c’est comme si vous parliez au ministre. » Ils vont donc chez ce M. Alexandre, premier commis, et ils ne purent être introduits ; il était en affaire avec une dame de la cour, et il y avait ordre de ne laisser entrer personne. « Eh bien ! dit le garde, il n’y a rien de perdu ; allons chez le premier commis de M. Alexandre : c’est comme si vous parliez à M. Alexandre lui-même. »
Le Huron, tout étonné le suit ; ils restent ensemble une demi-heure dans une petite antichambre. « Qu’est-ce donc que tout ceci ? dit l’Ingénu ; est-ce que tout le monde est invisible dans ce pays-ci ? Il est bien plus aisé de se battre en Basse-Bretagne contre les Anglais que de rencontrer à Versailles les gens à qui on a affaire. » Il se désennuya en racontant ses amours à son compatriote.

Gustave Flaubert
Madame Bovary, « Chapitre VII » 
1857