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Le recueil a été publié par Paul Demeny à qui Rimbaud a remis son manuscrit, même s’il a voulu par la suite que ses poèmes soient brûlés. Il est composé de deux parties et de 22 poèmes, 15 dans la première partie et 7 dans la seconde. Le recueil a été écrit pendant la guerre de 1870 et il est une critique de la guerre, de la bourgeoisie et un appel à la liberté, y compris du point de vue poétique.

Le poète évoque dans ce poème en alexandrins son arrivée à Charleroi et présente la bonne ambiance du cabaret où il est entré.


https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k8810625q/f1.media
http://rimbaudivre.blogspot.com/2014/10/les-extraordinaires-peintures-et.html
https://www.youtube.com/watch?v=9LgPXuCxZow


DORANTE – Cette femme-ci a un rang dans le monde ; elle est liée avec tout ce qu’il y a de mieux, veuve d’un mari qui avait une grande charge dans les finances, et tu crois qu’elle fera quelque attention à moi, que je l’épouserai, moi qui ne suis rien, moi qui n’ai point de bien ?
DUBOIS - Point de bien ! votre bonne mine est un Pérou ! Tournez-vous un peu, que je vous considère encore ; allons, Monsieur, vous vous moquez, il n'y a point de plus grand seigneur que vous à Paris : voilà une taille qui vaut toutes les dignités possibles, et notre affaire est infaillible, absolument infaillible ; il me semble que je vous vois déjà en déshabillé dans l'appartement de Madame.
DORANTE - Quelle chimère !
DUBOIS - Oui, je le soutiens. Vous êtes actuellement dans votre salle et vos équipages sont sous la remise.
DORANTE - Elle a plus de cinquante mille livres de rente, Dubois.
DUBOIS - Ah ! vous en avez bien soixante pour le moins.
DORANTE - Et tu me dis qu'elle est extrêmement raisonnable ?
DUBOIS - Tant mieux pour vous, et tant pis pour elle. Si vous lui plaisez, elle en sera si honteuse, elle se débattra tant, elle deviendra si faible, qu'elle ne pourra se soutenir qu'en épousant ; vous m'en direz des nouvelles. Vous l'avez vue et vous l'aimez ?
DORANTE - Je l'aime avec passion, et c'est ce qui fait que je tremble !
DUBOIS - Oh ! vous m'impatientez avec vos terreurs : eh que diantre ! un peu de confiance ; vous réussirez, vous dis-je. Je m'en charge, je le veux, je l'ai mis là ; nous sommes convenus de toutes nos actions ; toutes nos mesures sont prises ; je connais l'humeur de ma maîtresse, je sais votre mérite, je sais mes talents, je vous conduis, et on vous aimera, toute raisonnable qu'on est ; on vous épousera, toute fière qu'on est, et on vous enrichira, tout ruiné que vous êtes, entendez-vous ? Fierté, raison et richesse, il faudra que tout se rende. Quand l'amour parle, il est le maître, et il parlera : adieu ; je vous quitte ; j'entends quelqu'un, c'est peut-être Monsieur Remy ; nous voilà embarqués, poursuivons. (Il fait quelques pas, et revient.) A propos, tâchez que Marton prenne un peu de goût pour vous. L'amour et moi, nous ferons le reste.

Arthur Rimbaud
Cahiers de Douai , in Deuxième Cahier « Au Cabaret-Vert »
1870