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Pièce répartie en deux actes, paraissant dans un premier temps en anglais en 1961 puis représentée en France en 1963, Oh les beaux jours met en scène un couple : Winnie, âgée d’une cinquantaine d’années, et Willie âgé quant à lui d’une soixantaine d’années. Ces deux personnages entretiennent une relation d’interdépendance singulière : si Winnie est à moitié enterrée, elle symbolise cependant le courage et la détermination face à la vie, tandis que Willie, mobile, recourt à un pessimisme systématique. Beckett livre une pièce traitant de la condition humaine et du sens de la vie, où se mêlent malicieusement comique et tragique.

Le déséquilibre quant à la répartition de la parole constaté dans le premier acte s’amplifie dans le second : les mots de Winnie se propagent, se diffusent abondamment sans nulle réaction de Willie. La tirade prend place à la toute fin de la pièce, propose au spectateur une situation toujours plus déstabilisante. La gestuelle de l’un et la parole de l’autre tentent d’établir une communication bancale et de maintenir un lien fragilisé.


Lien vers une retranscription auditive de la pièce : https://www.youtube.com/watch?v=dJz0nOErcgM, Madeleine Renaud et Jean-Louis Barrault 1964

1
II est amer et doux, pendant les nuits d'hiver,
 
D'écouter, près du feu qui palpite et qui fume,
 
Les souvenirs lointains lentement s'élever
 
Au bruit des carillons qui chantent dans la brume.

1
Bienheureuse la cloche au gosier vigoureux
 
Qui, malgré sa vieillesse, alerte et bien portante,
 
Jette fidèlement son cri religieux,
 
Ainsi qu'un vieux soldat qui veille sous la tente!

1
Moi, mon âme est fêlée, et lorsqu'en ses ennuis
 
Elle veut de ses chants peupler l'air froid des nuits,
 
II arrive souvent que sa voix affaiblie

1
Semble le râle épais d' un blessé qu' on oublie
 
Au bord d'un lac de sang, sous un grand tas de morts
 
Et qui meurt, sans bouger, dans d'immenses efforts.


Samuel Beckett
Oh les beaux jours, Fin de l’acte II Scène finale
Première représentation en 1961, parution française en 1963.